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Anne Louis Girodet-Trioson - Madame Jacques-Louis-Étienne Reizet (Colette-Désirée-Thérèse Godefroy, 1782–1850)

Ref : 5859 © The Metropolitan Museum of Art Tous droits réservés.
Support :   Toile premium tendue sur châssis
Format :   20x25cm
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PAIEMENT SÉCURISÉ

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Madame Reiset par Girodet, portrait tardif montré au Salon de 1824

D'abord, elle le voulait en pied

Le projet est soumis au peintre au début de 1819, et il se dérobe : il a du travail, il achève son « Pygmalion et Galatée ». La commanditaire revient à la charge en octobre de la même année. Elle veut un grand portrait en pied ; un dessin préparatoire daté de 1820 la montre assise, à la craie noire rehaussée de blanc. Anne-Louis Girodet-Trioson obtiendra le contraire : un format presque carré, coupé à mi-corps. En 1819, il a cinquante-deux ans ; il avait remporté le prix de Rome en 1789 et passe pour l'un des principaux héritiers de l'atelier de David. Ce même concours menait à Rome, où Jean Alaux peignit son camarade Léon Pallière dans sa chambre de la Villa Médicis.

Girodet écrit, madame Reiset répond

Le dossier de ce portrait est l'un des mieux fournis de tout l'œuvre : il s'accompagne de seize lettres, dont quinze écrites par l'artiste à son modèle. On y négocie le prix, le format, la couleur et le type de la robe, les accessoires. La toile se discute d'avance, ligne à ligne. Le modèle s'appelle Colette-Désirée-Thérèse Godefroy, née à Paris en 1782, mariée en 1804 à Jacques-Louis-Étienne Reiset, ingénieur des ponts et chaussées devenu receveur général de la Seine-Inférieure. Musicienne, elle partage sa vie entre Paris et Rouen et donne des concerts où le peintre est convié. Ils se rencontrent en 1818. De cette première saison date le compliment qu'il lui adresse par écrit : « Quand on sent aussi vivement que vous, Madame, on réussit dans tous les arts. » La phrase est aimable, et elle précède de quelques mois un refus. Une précision d'orthographe, puisque le nom revient partout : le Metropolitan Museum of Art écrit « Reizet », avec un z, et l'intitulé de cette page en hérite ; le musée Girodet, la presse spécialisée et la descendance écrivent « Reiset ». Les deux graphies désignent la même femme.

GT, en haut à droite

Le résultat est un buste coupé haut, sans une main visible. Robe de velours noir, écharpe de dentelle noire nouée à plat sur le décolleté, large pelisse de fourrure rayée fauve et brun dont la doublure blanche affleure en deux points, pendeloque claire à l'oreille, chevelure en bandeaux de boucles serrées surmontés d'une couronne de torsades. Le fond est un olive sourd, à peine dégradé ; dans l'angle inférieur droit, un pan de velours grenat entre dans le cadre et en ressort aussitôt. La peau est fondue en glacis sans une trace d'outil, la fourrure au contraire travaillée en longues touches striées : deux régimes de facture sur la même toile, l'un invisible, l'autre lisible de près. La bibliographie du Metropolitan Museum of Art range cette exécution méticuleuse du côté du néoclassicisme appris chez David, tout en lui trouvant quelque chose des formes de la Renaissance florentine, que le peintre admirait. L'ampleur de la pelisse en fait un tableau d'apparat. Et dans l'angle supérieur droit, sur le fond, un monogramme doré aux lettres liées — GT — avec la date au-dessous. Girodet sortait de l'atelier de David, qui achevait en 1788 le tableau où Lavoisier lève les yeux de sa plume vers sa femme, l'année d'avant le prix de Rome de son élève ; trente-cinq ans séparent les deux toiles.

Montargis a acheté la seconde

Girodet a peint ce visage deux fois. La version signée et datée 1823 est celle-ci ; l'autre, probablement de 1824, est restée dans la descendance de la famille jusqu'en février 2010, date à laquelle le musée Girodet de Montargis l'a acquise — le premier portrait féminin de l'artiste à entrer dans ses collections. Le musée a comparé les deux toiles point par point : il juge sa propre version plus délicate dans la fourrure, l'expression du visage plus douce, la proportion des épaules mieux étudiée, le grenat du manteau plus harmonieux, le bleu-gris des yeux plus franc. Toutes ces remarques portent sur la toile de Montargis ; elles n'éclairent celle du Metropolitan que par contraste, et c'est ainsi qu'il faut les lire. New York avait acquis la sienne onze ans avant Montargis, en 1999, par un achat financé sur plusieurs donations et un échange.

Le fils entre au Louvre

La toile de 1823 fut exposée au Salon de 1824, le dernier du vivant de son auteur : Girodet meurt le 9 décembre de la même année, à cinquante-sept ans. Le recueil d'illustrations d'après Anacréon, commencé en 1808, paraîtra sans lui l'année suivante ; ce portrait date de la toute fin de la carrière.

Colette Reiset meurt en 1850 ; cette année-là précisément, son fils Frédéric Reiset prend la charge du cabinet des Dessins du Louvre. Il passera aux Peintures en 1861, dirigera les musées nationaux de 1874 à 1879, et vendra sa propre collection de dessins au duc d'Aumale — elle est aujourd'hui à Chantilly. La dame en pelisse avait négocié son portrait quatre ans durant avec un peintre difficile ; le fils décidera de ce que la France accroche à ses murs.

Auteur : Anne Louis Girodet-Trioson

Dimensions de l'œuvre originale : 60,3 × 49,5 cm (23 3/4 × 19 1/2 in.)

Médium : Huile sur toile

Informations complémentaires sur le copyright : Achat, dons de Joanne Toor Cummings, de M. et Mme Richard Rodgers, de Raymonde Paul et de la succession de Dorothy Lichtensteiger, par échange, 1999


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